La pause stagiaire #1 // 5 mois au pays de la teranga.

Nous voilà au terme de 5 années d’études supérieures… Master 2 est synonyme de stage de fin d’études. Ce moment angoissant où tu as l’impression de devoir décider de ton avenir comme si aujourd’hui était le premier jour du reste de vie. Qui dit « fin d’études », dit choix stratégiques pour faciliter l’insertion professionnelle qui se rapproche à grands pas.

La plupart des étudiants censés et raisonnables choisissent alors une organisation dans laquelle ils pourront sans doute décrocher un poste à l’issue de leur stage. Pour ma part, j’ai plutôt vu ce stage de « fin d’études » comme une dernière opportunité pour expérimenter quelque chose de nouveau et découvrir une part d’inconnu plutôt que de chercher à renforcer des compétences déjà plus ou moins acquises. Autrement dit, ce stage était l’occasion pour moi d’aller presque à l’encontre de ce que j’avais appris jusque-là : « c’est maintenant ou jamais », comme on dit.

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Après avoir parcouru mes centres d’intérêt, les pays où je voulais aller et trouvé un domaine où je pourrai tout de même exercer mes compétences initiales pour rester en cohérence avec le parcours de M2, me voilà décidée à partir en Afrique de l’Ouest. Comme tout aventurier courageux mais prudent, je m’en suis remise à une étude approfondie des situations politiques, sanitaires et religieuses dans cette partie de l’Afrique pour porter mon choix plus précisément sur le Sénégal. Désireuse de m’immerger dans le monde associatif, pour confronter mes expériences passées en entreprise et administrations publiques à un secteur différent, et pleine de motivations pour m’investir personnellement dans des causes humaines, je choisis de réaliser mon stage au sein l’association ESTEL. ESTEL est une structure d’accueil spécialisée pour les enfants et jeunes adultes déficients intellectuels. Le centre a donc les fonctions d’école spécialisée et l’association se charge plus généralement de la défense des droits à l’éducation, à la formation et à l’insertion des personnes en situation de handicap mental. L’association et le centre étant localisés au même endroit, j’évoluerai donc, pour mon grand plaisir,  au contact des 54 élèves, âgés de 4 à 31 ans.

Terre d’évolution…

Le Sénégal est un Etat démocratique, laïc, indépendant depuis 1960. Il est régi par un régime présidentiel pluraliste. L’actuel président de la République, Macky Sall, est un libéral qui a succédé à Abdoulaye Wade, socialiste, en 2012. Son mandat est de 5 ans renouvelable une fois. Il est le quatrième président de la République sénégalaise. Si la politique, et en particulier sa démocratie, place le Sénégal en tête de nombreuses nations africaines, son économie ne suit pas. Malgré un taux de croissance annuel de 4,5% (de quoi faire des envieux dans notre gouvernement français…), son PIB est trop faible et le Sénégal ne parvient pas à surmonter sa dette extérieure de plus de 2367,7 milliards de francs CFA. Pourtant, il est le pays le plus aidé d’Afrique. Au niveau religieux, bien que l’Etat soit laïc, le nombre de mosquées traduit bien l’importance de l’islam dans la vie sénégalaise. Le fait est que 94% des Sénégalais sont musulmans, mais ils cohabitent en parfaite harmonie avec les 5% de chrétiens et les 1% d’autres cultes traditionnels. L’amitié et la fraternité sont d’ailleurs les maîtres mots dans ce pays que l’on appelle « la teranga », hospitalité en wolof. Si la langue officielle est le français, 80% de la population parle wolof. Pourtant, l’ethnie des Wolofs ne représente que 46% de la population et il existe 5 autres ethnies qui, encore une fois, cohabitent en toute amitié.

Comme à chaque fois que j’arrive dans un pays non-européen, le contraste est saisissant. Ce nouveau départ ne déroge pas à la règle : welcome to Africa ! J’ai eu beau imaginer, me renseigner, potasser le Guide du Routard, me préparer pendant des mois, regarder des reportages, m’imprégner de la culture avant de partir (si tant est que ce soit possible) mais à l’arrivée, le sentiment d’inconnu s’empare de moi. En arrivant à Dakar, j’ai l’impression d’être un extraterrestre sur terre, ou un humain sur une autre planète. La condition humaine, l’hygiène, le rapport à l’autre et à l’argent, le sable par terre partout, les déchets partout, les bébés sur les dos, les sceaux sur la tête des femmes, les vieilles voitures recyclées, récupérées dans nos casses européennes, les habitations et commerces de 3m², les murs tout délabrés, les eaux usées non traitées, la douche au sceau, les toilettes sans chasse d’eau, les chevaux qui tractent des pierres sur des remorques de fortune, les maillots de foot de la coupe du monde 98, les boubous, la lessive à la main, les marchés où poissons « frais » et viandes découpées côtoient les chats et insectes en tout genre sur les étales, en plein soleil… Et encore, c’est la capitale !

Difficile d’imaginer penser en termes de stratégie médias, d’événementiel à la française, de supports de communication et de réseaux sociaux. Autant dire que mes compétences en communication me paraissent bien dérisoires et futiles à mon arrivée dans ce monde où le temps semble s’être arrêté. Et pourtant ! La communication prend tout son sens dans le processus de développement en cours et surtout dans tout le changement qui reste à opérer. C’est d’ailleurs ce qui m’intéressait en venant dans un pays en développement.

… où beaucoup reste à construire

Au sein de l’association, je suis très exactement chargée de projets communication et recherche de financements. Mes missions consistent à développer les projets et activités du centre pour faire gagner l’association en notoriété et surtout en reconnaissance auprès des pouvoirs publics. Je dois également, dans la même logique, créer du lien avec les entreprises pour mettre la lumière sur la cause défendue mais surtout obtenir des financements. L’association ne bénéficie d’aucune subvention de la part de l’Etat, elle doit s’autofinancer. Or les frais de fonctionnement sont importants et les activités du centre en dépendent.

J’ai commencé mon stage en mettant en place une stratégie de communication globale pour l’organisation, ce qui n’existait pas jusqu’ici. En suivant mes propres recommandations, j’ai recensé les sources de financement possibles (ONG, fondations, entreprises, ministères, ambassades étrangères au Sénégal, institutions indépendantes et coopération intergouvernementales) et auxquelles l’association était éligible ainsi que tous les réseaux d’acteurs à mobiliser pour mener des actions de plaidoyer communes. Dossiers de sollicitation sur dossiers de sollicitation, en passant par le montage de dossiers pour répondre à des appels à projets en tout genre, les rencontres avec des représentants divers (institutions, ministères, associations similaires, réseaux d’acteurs, entrepreneurs) et l’organisation du dixième anniversaire du centre (une semaine d’événements en décembre 2016), je découvre la réalité d’une association sur le terrain.

Naturellement, mon mémoire de fin d’études portera alors sur l’importance des associations dans le processus de production des politiques publiques, appuyé par l’étude du cas de la prise en charge des personnes en situation de handicap mental au Sénégal. De quoi prendre du recul sur les enjeux de la communication au regard du développement durable avant mon retour en France et ma recherche d’emploi.

Par Charlotte Gratesac