Photo : Basile Mesré-Barjon

Arrêt du projet Notre Dame des Landes, changement de pratiques dans l’industrie de la mode, fermeture de cirques par décrets préfectoraux… En France, la désobéissance civile impacte de plus en plus les décideur·se·s, autant privé·e·s, que publi·c·que·s. Depuis 2018, et la grève scolaire pour le climat de Greta Thunberg, l’engagement écologique revêt une forme de plus en plus radicale. Une nécessité pour certain·e·s, un danger pour d’autres.

Désormais, la préservation de la planète n’est plus une affaire de berger·e·s dans le Larzac, comme de 1971 à 1981. Au contraire, elle est bien rentrée dans le sens commun.  Ainsi, Selon une enquête Kantar Sofres-One Point de 2018, 76 % des Français jugent prioritaire ou importante la lutte contre le réchauffement climatique dans l’action de l’exécutif. Les dernières élections européennes traduisent elle aussi de manière institutionnelle un engagement de plus en plus marqué envers les questions environnementales. La montée des mouvements écologistes en étant le principal indicateur.

Des marches citoyennes s’organisent donc, des pétitions en faveur d’un recours en justice contre l’Etat français pour son inaction climatique recueillent plus de deux millions de signataires… Mais en marge de ses actions militantes, certain·e·s choisissent une manière de s’engager plus radicale : la désobéissance civile.

Des actions de désobéissance civile de plus en plus nombreuses.

En matière écologique, elle peut revêtir plusieurs formes, ainsi avez-vous tou·te·s déjà eu écho d’une de ces actions. Celles-ci peuvent être accessibles par le plus grand nombre, telles que l’extinction des vitrines des magasins le soir, ou bien plus radicales, telle que l’occupation de grandes surfaces, comme à Liffré en novembre 2019.

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GESTE SIMPLE 💡 A PARTAGER ! Paris, F R A N C E 🇫🇷 Depuis le 1er juillet 2012, tous les magasins de France ont pour obligation légale d'éteindre leurs enseignes commerciales entre 1 heure et 6 heures du matin. Avec 3,5 millions d'enseignes allumées la nuit en France, cette mesure permettrait de faire un grand pas pour notre lutte contre le gaspillage énergétique. Malheureusement quasiment personne ne respecte cette loi et nos rues ressemblent de plus en plus à Las Vegas avec une augmentation de plus de 94% de la quantité de lumière émise la nuit par les éclairages publics. C'est pourquoi depuis plusieurs années, avec un bâton et un cintre j'ai décidé d'éteindre les lumières illégales de mon quartier. Hier avec @extinctionrebellionfrance nous sommes allés éteindre toutes les enseignes de la rue de Rivoli. Je le répète encore, je ne suis pas parfait, loin de là, mais ceci est une action simple et concrète que nous pouvons tous mettre en place. L'application DE LA LOI pourrait permettre d'économiser 1.000 gigawattheures par an, soit l'équivalent de la consommation de 370.000 ménages français et les communes pourraient économiser jusqu'à 75% par an sur leur facture d'électricité ! Pourtant, devinez qui a été contrôlé et réprimandé par la police cette nuit, NOUS ou les MAGASINS …… 😞✊🏻 . . . . . . . . . . . . . . . #frenchadventurer #extinctionrebellion #extinctionrebellionfrance #extinction #XR #gretathunberg #paris #rivoli #ruederivoli #savetheworld #unfucktheworld #globalwarming #globalwarning #now #actionnow #pluschaudqueleclimat #placeduchatelet #nicolashulot #ecolo #green

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Etant donné l’organisation des actions de désobéissance civile, certain·e·s choisissent l’action individuelle, comme ces maires qui vont contre la loi en promulguant des arrêtés municipaux interdisant les pesticides, ou bien collective, à l’instar des militant·e·s d’Extinction Rebellion.

La puissance des images

Les mouvements et ONG ont en effet de plus en plus de poids dans l’engagement politique du XXIème siècle. Quand la participation démocratique traditionnelle s’essouffle, le militantisme par l’action séduit de plus en plus.

Et c’est en partie lié à la société de l’information. Celle-ci nécessite la production constante d’images fortes, et les organisations l’ont bien compris. Cela se remarque par exemple par l’utilisation des codes graphiques de ces mouvements : utilisation de logos forts, pancartes et accoutrement des activistes de plus en plus colorés…

La photo de militant·e·s enchaîné·e·s à du mobilier urbain étant plus impactante et relayable sur les réseaux que celle d’un·e inconnu·e sortant d’un isoloir.

Sur les réseaux sociaux, tels que Twitter ou Instagram, majoritairement utilisés par une jeunesse qualifiée, les posts élogieux en faveurs des actions de désobéissance civile sont nombreux. Mais d‘autres s’expriment, notamment par des tweets assassins, contre ces formes d’actions illégales. Elles sont alors jugées de nuisibles et inefficaces. Leurs coûts pour les municipalités et les collectivités est aussi pointé du doigt.

Alors, pourquoi, pour d’autres, la désobéissance civile est le seul moyen d’expression efficace ?

“La démocratie est un frein à l’urgence climatique”

Il apparaît que la question écologique a débuté par une question générationnelle. Comme l’écrit Dalibor Frioux, les jeunes générations sont passées “d’enfant roi aux enfants juges”. Elles s’opposent ainsi à “ces adultes qui ont perdu toute autorité en détruisant la planète et en refusant de porter [ce] fardeau”.

Les rapports scientifiques sont unanimes : désormais la survie de la Terre se compte en décennies. Face à une telle urgence, les appareils étatiques traditionnels (vote, lois, pétitions…) semblent donc trop lents pour des individus alarmés par les changements visibles de l’écosystème, les disparitions d’espèces végétales et animales ou bien la montée des eaux.

Aurégane Binard
Publié le 12/11/2019

Pour aller plus loin: 

Denhez, F. (2019). Succès écologistes. Études, juillet-août(7), 61-62. https://www.cairn.info/revue-etudes-2019-7-page-61.htm.

Frioux, D. (2019). Climat : de l’enfant roi aux enfants juges. Études, juillet-août(7), 29-40. https://www.cairn.info/revue-etudes-2019-7-page-29.htm.

https://www.lemonde.fr/climat/article/2019/01/11/climat-deux-millions-de-signataires-appuient-le-recours-contre-l-etat_5407815_1652612.html