Dans la course à la présidence, Trump et Biden ne font pas cavalier seul. Après avoir été nommé en 2016, Mike Pence a été reconduit en tant que colistier par Trump. Joe Biden, quant à lui, a choisi de nommer Kamala Harris, sénatrice de Californie et première femme à pouvoir accéder au poste de vice-présidente des États-Unis. Mais quel est réellement le rôle de ces “numéros 2” pendant l’élection présidentielle et tout au long d’un mandat ? Les vice-présidents sont-ils les artisans de l’ombre du pouvoir exécutif ou de simples remplaçants du président ? Sphère CPP vous explique tout.

 Un successeur en cas de décès

     Être vice-président, c’est avant tout pouvoir endosser la responsabilité de la présidence en cas de décès du Président en place. Là où en France l’intérim de la présidence est une charge qui incombe au Président du Sénat, c’est au Vice-Président que revient cette charge. Si en France, la séparation des trois pouvoirs est au centre de ce fonctionnement, les États-Unis ont dû s’adapter aux nombreux attentats et assassinats visant leurs dirigeants. Au cours de leur histoire, le pays a connu 8 présidents décédés au cours de leurs fonctions (statistiquement, c’est près d’un président sur cinq). De même, le Vice-Président est aussi chargé de prendre la succession en cas démission du président. C’est ainsi qu’en 1974, Richard Nixon a laissé sa place à Gérald Ford après le scandale du Watergate.

 Un rôle de l’ombre…

     Toutefois, le rôle du Vice-Président n’est pas celui d’un simple remplaçant, il fait partie du binôme présidentiel et reste le conseiller particulier du président. Il endosse le rôle de délégué sur certains dossiers. Il a donc un rôle opérationnel. D’un point de vue législatif, il est président du Sénat et tranche lorsque les voix du Sénat sont à égalité. Cependant, être le n°2 sous-entend endosser un rôle plus discret, et souvent relégué à des tâches de l’ombre au profit de l’aura présidentielle. Ce déséquilibre médiatique reste encore important dans une démocratie ayant à sa tête un homme fort.

 … qui a pris de l’importance au XXe siècle

     Dans les faits, le rôle d’un Vice-Président dépend de deux éléments essentiels : sa personnalité et sa relation avec le Président qu’il accompagne. Depuis 1949, la fonction n’a cessé d’évoluer pour en faire un acteur à part entière de l’exécutif. C’est Harry Truman qui, en 1949, donne un premier rôle, celui de membre du Conseil de sécurité nationale à son Vice-Président. Par la suite Nixon, en vice-président, est chargé d’un rôle de représentation lors de déplacements officiels en URSS entre 1954 et 1960. C’est après le tragique épisode du 11 septembre 2001 que le Vice-Président se voit attribuer des pouvoirs élargis au sein de l’administration, notamment en termes de politique étrangère.

 

« Il y a une double stratégie : nommer quelqu’un qui permette d’avoir un électorat que soi-même on ne pourrait pas forcément avoir. Et quelqu’un qui soit prêt, dès le premier jour, à endosser le costume de chef de la première puissance mondiale« . Lauric Henneton

Un appui électoral fort

     Avant d’accéder à la maison blanche, le vice-président est avant tout un colistier. Durant les 3 dernières élections, ce rôle est devenu prépondérant dans la stratégie électorale mise en place par les candidats et leurs partis. En choisissant Kamala Harris, Joe Biden s’est offert un soutien de taille auprès de son électorat d’origine africain-américain après le mouvement Black Lives Matter. Outre la dimension novatrice de son choix, il s’est par ailleurs assuré de la fidélité d’un bastion électoral important, la Californie, dont Harris est sénatrice. Mike Pence, quant à lui, a servi déjà en 2016 d’un fort soutien pour approcher les votes évangélistes, mais aussi pour rassurer les cadres du parti républicain. Après un premier acte cacophonique entre Biden et Trump, leurs deux vice-présidents ont eu un rôle stratégique prépondérant durant leur débat pour convaincre leur électorat.

         Futur candidat ?

     Enfin, le rôle de vice-président est un moyen efficace de se rapprocher de la présidence directement ou pour de futures élections. En effet, quatre des vice-présidents de l’histoire américaine ont occupé le bureau ovale au terme du mandat des présidents qu’ils servaient. Ce fut le cas de John Adams et Thomas Jefferson (deux pères fondateurs des États-Unis) et plus récemment Martin Van Buren et George H. Bush en 1989. À noter que Joe Biden lui-même avait été le colistier de Barack Obama lors de ses deux mandats de 2008 et 2012

 

Jérémie Pericou Habaillou.