mmmmmm

Sur le tarmac de l’aéroport de Sanford, Donald Trump a tenu son premier meeting en Floride, un des six États dans lequel l’issue du scrutin s’annonce indécise. Le président américain ouvre alors le bal des rassemblements dans les États-clefs, parfois nommés Battleground States. Pour cause, ils deviennent le théâtre d’une bataille acharnée que se livrent les candidats pour faire pencher la balance en leur faveur.

Les campagnes présidentielles américaines sont bien connues de l’écrivaine Gloria Steinem. Engagée dans celle de Barack Obama en 2008, elle décrit ce moment comme un espace-temps à part entière : « C’est peut-être ce qui ressemble le plus à une véritable démocratie».

mm

L’affrontement : une tradition américaine ?

mmm

L’importance de la personnalité est un élément inédit de la vie politique américaine. Depuis 2016, elle est devenue un argument de campagne essentiel comme nous le rappellent les échanges cordiaux entre Joe Biden et Donald Trump, toujours sur fond d’invectives et d’attaques personnelles :

« Biden for Resident » pour l’un ; « Will you shut up, man ? » pour l’autre.

De quoi donner des airs de télé-réalité à la campagne que l’on sait devenir le moment d’un affrontement, souvent dur, pas toujours franc-jeu entre les candidats. Un temps alors bien éloigné de la promesse démocratique évoquée par l’auteure.

Quoi qu’il en soit le scrutin présidentiel américain est inégalable par son ampleur :  un scrutin dans 52 États des États-Unis traversés par des aspects sociaux, culturels, ethniques et politiques qui leur sont propres. Près de 250 millions d’électeurs choisiront s’ils décident de confier un second mandat à Donald Trump ou d’élire Joe Biden. Ces électeurs ont peut-être croisé Gloria Steinem en chemin, cette militante féministe et journaliste américaine qui a passé sa Vie sur la route pour paraphraser le titre de son ouvrage autobiographique.

m

Les campagnes présidentielles : un grand moment démocratique ?

m

Habituée aux campus universitaires bondés où elle anime des conférences sur le féminisme en germe des années 70, l’auteure reconnaît aux campagnes une certaine noblesse : elles sont fondées sur l’idée que chaque voix compte. En réunissant des groupes de femmes traversées par des problématiques communes – des amérindiennes, afro-américaines, hôtesses de l’air ou travailleuses du sexe – elle fait du féminisme son métier. Durant ces trente ans passés à sillonner le pays, elle s’est efforcée d’écouter et d’apprendre. D’écouter d’abord, en recueillant la parole des femmes et des minorités. D’apprendre ensuite, à faire entendre sa voix : « Si vous ne votez pas, vous ne comptez pas. » dit-elle aux concernés.

Les campagnes se fondent alors sur l’idée que chaque vote compte et donc que chaque citoyen compte. Et malgré tous leurs défauts, l’idée selon laquelle rien n’est acquis durant celles-ci fait de ce moment un temps suspendu de la vie démocratique. Un temps où l’horizon partagé par les électeurs reste celui d’une aspiration à un changement, quel qu’il soit.

La pensée de l’auteure peut s’avérer utopique voire naïve à l’heure où le président sortant Donald Trump pourrait remettre en cause la sincérité des résultats. Pourtant, Gloria Steinem est convaincue que les campagnes créent les conditions d’une véritable démocratie. Elles rendent la relation entre gouvernants et gouvernés plus horizontale. Plus encore, l’auteure invite à saisir ce moment comme une chance : « Ce sont des microcosmes plus ouverts que l’université, plus idéalistes que l’entreprise, plus fédérateurs que la religion et plus accessibles que le gouvernement (…) »

Pauline Le Troquier.