Photo : Rébecca Cordat, lieu : festival Tr4nsfert 2014 Bordeaux

« Rien ne lui échappe, aucune surface, aucun support, aucune matière, il n’y a d’autres limites que l’espace lui-même. Dans nos sociétés hyper-urbanisées, il est une des paroles de la ville, tatouage mural de ce corps immense et morcelé. »[1] (Léandri, 1983).

On l’appelle tag, graffiti, street art, muralisme ou plus globalement art urbain.

Il s’impose aux passants et envahi l’espace public. Réfutant les murs gris et vides, il colore, dessine, structure la ville. Il transverse les limites spatiales, temporelles et juridiques, se manifestant partout où il est possible de s’exprimer. De jour, de nuit, légalement ou illégalement.

Aujourd’hui, une nouvelle relation s’installe entre artistes et collectivités territoriale. soulevant dans un même temps un bon nombre de paradoxes …

 

L’art urbain, vecteur d’attractivité pour les villes

Aujourd’hui, les territoires doivent s’imposer face à la concurrence. Qui fera venir le plus de touristes, de nouveaux habitants, d’investisseurs ? Ainsi les villes se sont tournées vers un nouveau vecteur d’attractivité, l’art. L’art se peint de valeurs qu’elles peuvent utiliser pour se promouvoir : l’art est ouvert, rassemble, partage une émotion et un vécu.

Mais cet art doit être accessible au plus grand nombre, toute classe sociale, tout budget, tout âge… Ce sont là les forces de l’art urbain, un phénomène auparavant considéré comme illégal et subversif mais qui semble répondre aujourd’hui aux ambitions des territoires.

 

Un moyen d’embellir la ville

« J’repeins Paris, j’mériterais les alloc’ » – TSR Crew – Dégradation (2012) https://www.youtube.com/watch?v=gcJFEjYeBrQ

pinguouin
Source : https://www.facebook.com/GraffdeBordeaux/?fref=ts

Les politiques d’urbanisme et d’architecture tendent à réinventer un avenir collectif. A coups de pelleteuses et de béton coulé, les murs meurent pour faire revivre la ville. « Un murage, c’est la mort d’une boutique ou d’une maison, ce n’est pas très joyeux, expriment Mosko et associés, artistes de rue. Amener une seconde vie par la couleur permet d’éloigner la tristesse. »

Colorer les murs sales de la ville, la rendre vivante, accueillante et unique par ses œuvres : n’y a-t-il pas là un intérêt certain pour les territoires ? Pour Pierre H. Lecaroz, directeur de l’association le M.U.R Bordeaux, « autant embellir l’espace public en couvrant les murs gris sans valeur patrimoniale ».

Ainsi certaines villes tentent de nouvelles formes de médiations avec les artistes : elles collaborent avec les artistes, en leur proposant des murs légaux ou en les mettant en lumière lors d’événements culturels. Les artistes invités peuvent alors conjuguer leurs possibles pratiques illégales avec des projets plus institutionnels, permettant ainsi une reconnaissance du street art par la population et, parfois, une rémunération. Pour Jef Aerosol, l’interdiction, l’autorisation ou la non autorisation n’a aucune incidence sur la qualité de l’image : « un type qui joue de la guitare à la terrasse d’un café, si on est ému par sa musique, peu importe si le patron du bistro lui donne des sous ou s’il ne vit que par ce qu’on lui donne dans son chapeau. Et si un jour je vois son CD chez un marchand de disques, je serais super content pour lui : on ne va pas souhaiter au gens de vivre dans la misère. »

 

Mais… une institutionnalisation partielle

Si de nombreux artistes se réjouissent de pouvoir peindre au grand jour, beaucoup d’autres rejettent cette pratique, et ne s’ouvrent pas à un mode opératoire légal, commandité et bridant parfois la liberté d’expression.

Kendo, festival
Artiste : Kendo, festival Tr4nsfert

Ces vandales (comme ils s’appellent), considèrent qu’il s’agit là d’un manquement aux origines du graffiti, et de la mort d’un mouvement alternatif. Dans la culture hip hop, on appelle ces pratiquants des sell-out (vendus).

« Le graffiti un art noble / Car à la base y’a pas de pognon (…) » Soklak, Adrénaline, 2009 https://www.youtube.com/watch?v=zk6Ogg_VYAM

Par ailleurs, seule une part de l’art urbain en profite, les collectivités laissent de côté les graffitis qu’elles ne considèrent pas suffisamment adaptés à la culture de masse et continuent de mener la répression contre eux. Il reste donc encore de fortes réticences des 2 côtés, la relation entre les collectivités et les artistes est encore très ambiguë.

Rébecca Cordat

 

Extraits du Travail Personnel de Recherche de Rébecca Cordat, master 1 Communication Publique et Politique à l’ISIC Bordeaux Montaigne

Graffiti, street art, quand les collectivités locales s’en emparent, de la répression à la protection,

En ligne : http://fr.calameo.com/read/00435185716b0bb77eb2c

 

[1] BENYAHIA S., Le graffiti hors les murs et dans la ville, Attributs, Sécularité et Mutation, année 2009/2010, p.20