Internet et religion : quels enjeux communicationnels pour l’Eglise Catholique Romaine ?

Crédit : ALBERTO PIZZOLI

Dans son histoire, l’Eglise Catholique Romaine a toujours entretenu des relations ambivalentes avec les moyens de communication. À chaque nouvelle innovation permettant une plus grande diffusion de l’information, l’institution catholique reproduit presque systématiquement le même schéma allant du refus à l’acceptation des changements de société qui en découlent, en passant par une approche plus pragmatique et utilitaire.

L’apparition d’internet dans les années 1990, de ses immenses possibilités de diffusion et de son organisation horizontale des flux d’informations n’a pas échappé à ce schéma. Cependant, bien que le discours officiel et les textes doctrinaux soient encore très prudents quant au mode d’utilisation des nouveaux médias, certaines communautés ont d’ores et déjà opéré un changement social dans leur manière de les aborder. Elle considère de plus en plus le web comme un nouvel environnement dans lequel elles doivent effectuer leur mission. En cela, certains mouvements peuvent être assimilés au concept des On-line religions développé par Christopher Helland et repris par Fabrizio Vecoli.

Par ce concept (et son corollaire la religion on-line), Helland distingue les mouvements religieux qui conçoivent internet comme un simple instrument de ceux qui le considèrent comme un réel espace dans lequel il est possible de développer sa religiosité. Pour ces derniers, la présence en ligne conditionne l’expérience religieuse : le fait d’être connecté devient une condition de l’expérience du sacré. Pour ces réalités, « internet ne doit plus être considéré seulement comme un instrument, mais plutôt comme un environnement, un nouveau monde doté de nouvelles règles. » (Vecoli, 2013)

À première vue, la religion catholique ne rentre pas dans cette catégorie. Les deux textes fondateurs concernant le bon usage du web – Ethique en internet et L’Eglise et internet – nous confortent dans cette idée. Pourtant les écrits de Nathalie Jonveaux et Jean-François Mayer montrent que certaines communautés, et notamment des communautés monastiques, ont des pratiques en ligne qui dépasse une simple vision utilitaire de l’usage de ce média.

En effet, selon Nathalie Jonveaux, internet offre la possibilité aux ordres religieux de « se faire connaître sans aller dans le monde » (Jonveaux, 2009). En abolissant les catégories de temps et d’espace, internet permet aux monastères de faire passer un message au monde du dehors, d’aller là où sont les destinataires de leurs communications, sans sortir de leurs murs. Plus qu’un simple moyen de communication, les ordres religieux considèrent le web comme un nouveau lieu à évangéliser. Ainsi, on retrouve sur ces sites des FAQ avec des questions du type : « A quoi servent les moines ? », « Ça vous arrive d’avoir envie de sortir du monastère ? » Etc. Ce type de questions s’adresse à des publics peu connaisseurs du monde monastique.

De plus, ces sites reproduisent dans l’environnement virtuel les codes de la vie monastique. Ils doivent avant tout être sobres, reposants, on a souvent en fond sonore une musique extraite des offices de l’abbaye. C’est justement cela que l’on recherche dans un monastère : un lieu éloigné du stress de la société, en dehors du temps et du monde. Par ailleurs l’expérience spirituelle est très importante et finalement, toutes les rubriques du site doivent permettre de vivre une expérience monastique en quelques minutes. Certains de ces sites sont de véritables lieux de pratique religieuse en ligne. On peut parler par exemple des prêtres dominicains du couvent de Lille qui organisent chaque année, à l’occasion du carême, des conférences et des prières en ligne. Le site de l’événement Retraite dans la ville est actif toute l’année et il est possible d’y suivre la messe dominicale. Il a pour objectif de faire face à la baisse de fréquentation des rites religieux. Il connait un certain succès avec une augmentation du nombre d’utilisateurs d’année en année : 5200 inscrits en 2004, 8090 en 2005 et 15 500 en 2006. (Jonveaux, 2007)

La clé de voûte de l’évangélisation réside dans le langage utilisé. Tout comme les jésuites ont dû apprendre le chinois il y a des siècles, les frères d’aujourd’hui doivent intégrer les codes et le langage d’internet. Un exemple éloquent de cette adaptation du langage est celui de la chaine Youtube des moines de l’abbaye cistercienne d’Heiligenkreuz près de Vienne, le Monastic Channel.