La pause stagiaire #4 // La « France » de l’autre bout du monde : Focus sur le caillou calédonien !

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La pause stagiaire aujourd’hui sera un peu particulière. Il ne faut pas s’attendre à lire un texte sur le dépaysement ou sur l’évasion, mais je vais plutôt profiter de la tribune qui m’est offerte pour vous faire découvrir les problématiques sociétales de mon île, la Nouvelle-Calédonie. Je pourrais vous parler des plages de sable blanc de nos îles loyauté (4 petites îles), de notre massif montagneux qui départage l’île principale, aussi appelée « le caillou »,  entre côte Ouest et côte Est, de « l’éternel printemps » qui dicte notre climat et, donc, de mon retour en cette période hivernale où la température moyenne est de 24°, de la pêche sous-marine, du surf et des activités aquatiques en tous genres etc. Vous êtes des professionnels de l’Information et de la Communication, je ne vais pas vous apprendre à « googleiser » Nouvelle-Calédonie pour vous faire une idée de « l’île la plus proche du paradis » comme elle a tantôt été surnommée par ces très chers routards, guides de voyage, et professionnels du tourisme. Le « graal » pour se faire une idée est de venir nous rendre une petite visite (hormis le prix du billet, pas forcément abordable pour tous les portefeuilles).

Ainsi, comme la tribune est libre, je prends la liberté de rapidement faire un état des lieux de ce qui fait la Calédonie actuellement (allez, un peu de courage pour la lecture : après tout ce n’est en rien différent des cours d’Histoire que j’ai pu avoir sur le passé de la glorieuse France et de « mes ancêtres les Gaulois »). Je vous propose donc ici, pour comprendre dans quelles circonstances se déroulent mon stage, à « Nord Avenir »,  et la volonté qui m’habite, d’avoir un cours sur un ancien Territoire d’Outre-Mer, et actuellement une entité particulière de la République Française : La Nouvelle-Calédonie

Contextualisation politique

Mon île est actuellement dans une période charnière de son Histoire. En résumant brièvement, la Nouvelle-Calédonie fut découverte par James Cook en 1774 (qui la nomma « Nouvelle Calédonie » car l’île lui rappela sa « Caledonia » d’origine)  et devint une colonie française en 1853 sous le règne de Napoléon III. Néanmoins, elle n’était pas vierge et était déjà peuplée par des « indigènes » qu’on nommera plus tard le peuple « kanak» (mot invariable). A partir de 1864, l’île représente une terre de bagne et d’exil pour les criminels et les opposants politiques à l’empire. A leurs libérations, les bagnards subirent l’interdiction d’un retour en France métropolitaine, et se virent dans l’obligation de développer des activités économiques en Nouvelle-Calédonie (élevage, culture du café etc.). L’empire délogea les kanak, en les parquant dans des « tribus » et donna des terrains immenses aux bagnards ou aux colons libres. Leurs descendants sont appelés « caldoches ». La Nouvelle-Calédonie s’est développée, mais comme dans la plupart des contextes colonialistes, avec des tensions identitaires, ethniques, culturelles, sociales et économiques assez marquées. En effet, d’un point de vue politique et culturel, la colonisation a engendré la lutte du peuple kanak pour la reconnaissance de son identité et de sa culture, avec comme volonté politique un accès à l’indépendance du territoire.

A l’inverse, les caldoches, se revendiquant différents de  l’identité des Français métropolitains, favorisent politiquement le maintien de la Nouvelle-Calédonie au sein de la République. De 1984 à 1988, des événements éclatent entre « indépendantistes » et « loyalistes » (non-indépendantistes) qui engendrent meurtres, attentats, embuscades, fusillades. Ces événements assimilables à une guerre civile ont profondément touché et bouleversé les différentes composantes de la société calédonienne. De par son histoire étroitement liée à l’industrie minière, on peut noter la présence d’autres communautés (javanaise, polynésienne, chinoise, vietnamienne, kabyle arabe, réunionnaise, « pied noir » etc.). On note aussi que cette société cosmopolite n’est pas aussi bipolaire que démontrée ci-dessus (notamment par le métissage mais aussi par la présence d’une minorité kanak loyaliste et le soutien de certains caldoches à la cause indépendantiste). A la suite de ces événements, pour apaiser les rivalités et permettre un retour à la paix sociale, deux textes majeurs viennent structurer le paysage politique calédonien : les accords de Matignon en 1988 et les accords de Nouméa en 1998. Ces accords fixent des objectifs politiques, économiques, sociaux et identitaires en instaurant notamment comme visée, l’organisation d’un référendum entre 2014 et 2018 concernant l’auto-détermination de l’île.

Les accords de Matignon-Oudinot (1988) et l’accord de Nouméa (1998)

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Les Accords de Matignon-Oudinot qui viennent conclure la période des « événements» actent une entente entre les trois composantes politiques majeures de la Nouvelle-Calédonie : les indépendantistes par l’intermédiaire de Jean Marie Tjibaou, les loyalistes  avec Jacques Lafleur et l’État Français représenté par Michel Rocard (à l’époque Premier ministre). Ces accords, qui deviennent un cadre statutaire et juridique, prévoient notamment un référendum d’autodétermination (en 1998) et la création de trois provinces semi-autonomes. Après ces années, les acteurs institutionnels peuvent décider de repousser l’échéance du référendum d’autodétermination afin de mieux préparer le territoire à un tel changement politique.

Ainsi, les politiciens néo-calédoniens signent un nouvel accord : l’accord de Nouméa de 1998 entre une délégation de représentants politiques du Front de Libération National Kanak et Socialiste (FLNKS, mouvement indépendantiste) et du Rassemblement Pour la Calédonie dans la République (parti non-indépendantiste), sous l’égide de Lionel Jospin. Le référendum d’autodétermination est repoussé entre 2014 et 2018. Cet accord est important, et unique en France dans un domaine de décolonisation car il est l’objet d’une révision constitutionnelle du 20 juillet 1998 qui indique le statut particulier de la collectivité (dans le « bloc de constitutionnalité lato sensu » de la hiérarchie des normes) et fait l’objet d’une loi organique n°99-209 (19 mars 1999) qui reconnaît la spécificité de l’île. Cet accord dote la Nouvelle-Calédonie de nombreux outils juridiques. Elle dispose désormais d’un Congrès qui vote des lois de pays applicables uniquement sur le territoire calédonien. La Nouvelle-Calédonie dispose également d’un gouvernement collégial constitué des grandes tendances politiques calédoniennes. Les provinces, qui vont nous intéresser ici, initialement créées par les «Accords de Matignon» sont maintenues. L’«Accord de Nouméa» prévoit le transfert progressif des compétences de la métropole vers les différentes institutions publiques calédoniennes précédemment citées. A la fin de l’année 2014, il ne reste plus que les compétences régaliennes. Un référendum d’autodétermination doit être organisé entre la période de 2014 et 2018 afin de demander à un corps électoral spécial de citoyens calédoniens, s’ils désirent ou non voir ces compétences régaliennes transférées à la Nouvelle-Calédonie, ce qui scellerait son indépendance d’un point de vue juridique.

Les grands enjeux sociétaux pour la Nouvelle Calédonie depuis ces accords sont :

  • La mise en place d’un destin commun, d’une identité commune tout en respectant les diverses communautés culturelles. Ceci afin de maintenir la paix sociale, de réduire les disparités socio-économiques, de respecter les différentes valeurs et croyances tout en ayant un référentiel commun ;
  • Le « rééquilibrage économique » entre Nouméa (la Province Sud) et le reste de la Nouvelle-Calédonie (les deux autres Provinces : Nord et Iles) ;
  • Développer le territoire durablement. L’exportation du Nickel est clairement observable, au détriment de la protection environnementale et du développement durable. Il faut aussi réduire les inégalités socio-économiques toujours plus grandissantes.

La Province Nord et « Nord Avenir »

La Province Nord : c’est l’équivalent des régions de France métropolitaine maisjfhj avec davantage de compétences. L’institution couvre le Nord de l’île principale et les îles Belep (îles qui sont situées le plus au nord de la Nouvelle-Calédonie). Elle officie sur un territoire d’une superficie de 9 528 km² et organise des politiques publiques pour 50 487 habitants répartis sur 17 communes (18,8% de la population calédonienne). Cette institution est majoritairement indépendantiste depuis sa création (1989). La Province Nord, comme les deux autres provinces, s’administre librement par une assemblée de provinces qui est élue au suffrage universel tous les cinq ans. Cette assemblée (composée de 22 élus, dont 15 sont membres du Congrès de la Nouvelle-Calédonie) délibère, vote des orientations politiques à suivre ou à mener. L’exécutif de la Province Nord se caractérise par le président de l’assemblée (ainsi qu’un bureau composé de 3 vice-présidents) qui prépare et exécute les délibérations validées par l’assemblée. Elle dispose de compétences multiples et variées et peut intervenir dans tous les secteurs qui ne sont pas affectés à l’État, à la Nouvelle-Calédonie ou aux communes.

On peut observer ces compétences par leurs champs d’actions dans les domaines suivants :

  • l’enseignement
  • la culture
  • les sports et loisirs
  • la santé et le social
  • l’environnement
  • le domaine public maritime
  • les infrastructures
  • l’économie

C’est dans ce secteur qu’intervient « Nord Avenir », l’entité dans laquelle j’effectue mon stage de fin d’année.

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C’est une Société Anonyme d’Economie Mixte Locale (SAEML) de Financement et d’Investissement dont la mission est de financer et accompagner le développement économique diversifié de la Province Nord qui détient 85 % de Nord Avenir. Les 15 % restants sont détenus par des SAEML provinciales. L’organisation du groupe est complexe car :

  • C’est une structure jeune (2014) mais qui possède « un passé ». Elle est issue de la restructuration du groupe SOFINOR : La SAEML SOFINOR a été créée en 1990 à la suite des accords de Matignon-Oudinot, et a permis à la Province Nord de racheter la Société Minière du Sud Pacifique (SMSP). Dès sa création, la SOFINOR a pour objet social le rééquilibrage économique voulu par les accords de Matignon-Oudinot via l’accès à la mine (la Nouvelle-Calédonie est la 3ème ressource mondiale de nickel), ainsi que la mise en œuvre de la diversification économique de la Province Nord. La restructuration du groupe SOFINOR avait pour objectif de séparer la gestion minière et métallurgique (qui reste à la charge de SOFINOR) des activités de diversification économique (avec la création de Nord Avenir). Elle a été décidée par la Province Nord, par délibération de l’assemblée provinciale le 05 décembre 2013. Cette séparation était devenue nécessaire entre autre, pour clarifier le périmètre des activités de ces deux missions : favoriser la continuité du développement international de la SOFINOR (via le nickel et les mines) et démultiplier la capacité existante en matière d’investissement économique concernant les activités de diversification (Nord Avenir).
  • Le rôle de Nord Avenir est de développer, d’investir sur des secteurs stratégiques afin de favoriser le rééquilibrage économique et social en province Nord. Nord Avenir, qui a une mission d’intérêt général, investit surtout dans des secteurs où l’initiative privée doit être stimulée et aiguillée. C’est un garant fiable pour accompagner les investisseurs privés (via la concrétisation de partenariats générateurs de développement économique et social). Il faut prendre en compte le fait que le « plan d’action stratégique » est défini pour les 4 prochaines années ainsi que les financements.
  • Nord Avenir a également pour mission de gérer les pôles de diversification économique mis en place avant la restructuration du groupe. Ces pôles de diversification portent sur des secteurs stratégiques décidées par la province Nord : Pôle des sociétés de services à la mine et à l’industrie (SC SODEPAR*), Pôle tourisme et hôtellerie (SA CIT*), Pôle agro (SAS Finagro*), Pôle aménagement et construction (SNC SOGENOR II*, société porteuse du patrimoine immobilier du groupe + SAS SODEAN* : Société de Développement par l’Aménagement de la province Nord) *sous-holdings de pôle

Dans le cadre de mon stage, j’ai comme première mission d’effectuer un rapport d’audit sur la communication institutionnelle numérique de Nord Avenir. Ceci afin de tenir compte d’un environnement insulaire qui se complexifie où le digital prend une part grandissante. Il est important,  dans la cadre de la stratégie de communication de Nord Avenir, d’observer quelle stratégie, quels outils quel mix-médias numériques mettre en place pour véhiculer les missions et les valeurs de Nord Avenir. Ceci afin d’établir notamment sa présence ou non sur les réseaux sociaux mais également d’entrer en relation avec ses publics, de veiller sur son image et sur sa réputation numérique. Il est important que la structure communique efficacement auprès de la population de la province Nord et des Calédoniens en général sur l’espace numérique qui se démocratise de plus en plus.

A titre personnel, je dirais que je suis satisfait de pouvoir effectuer mon stage à Nord Avenir, qui œuvre pour le rééquilibrage économique et le développement durable à travers ses missions de diversification économique. Je le suis d’autant plus que ma première mission est liée à la communication institutionnelle de la structure via les réseaux sociaux.  Il me semble important que Nord Avenir communique via ce canal pour pouvoir montrer et prouver aux Calédoniens l’engagement de la structure (et à travers elle l’engagement de la Province Nord) quant aux développements socio-économiques hors du prisme « nickel » et que l’entité puisse porter de sa propre voix ses valeurs, ses actualités, ses perspectives et ses projets.

Les réseaux sociaux, à l’approche du référendum lié à l’autodétermination, déchaînent les passions. Ici, ils sont à la fois une contrainte et une opportunité dans le processus institutionnel de la Nouvelle-Calédonie. Au quotidien, dans cette période de mondialisation, de berne économique sur les marchés financiers du Nickel, de défiance de la parole politicienne, et d’incertitude liée à l’avenir institutionnel, les réseaux sociaux sont vecteurs de paroles libérées de toutes contraintes physiques, temporelles et « de médiation ». Cela  fait ressurgir, « sur la toile », des tensions culturelles et identitaires qui sont pourtant moins oppressantes dans la vie de tous les jours – un peu comme le climat actuel en métropole sur l’identité française !

« Le retour à la tradition est un mythe. Aucun peuple ne l’a jamais vécu. La recherche d’identité, le modèle, pour moi, il est devant soi, jamais en arrière. C’est une reformulation permanente. L’identité elle est devant nous. » Jean-Marie Tjibaou, leader indépendantiste Kanak.

Meuret Romain