Photo : Stocklib / Vadym Malyshevskyi

Pour ou contre les Gilets Jaunes ? Pour ou contre le port du voile ? Pour ou contre Notre Dame des Landes ? Pour ou contre le mariage pour tou.te.s ? Pour ou contre la PMA pour toutes ? Ce sont ce genre de sujets qui font l’actualité en France. Les questions qui divisent la population française relèvent d’enjeux internes. Alors que la France fait aussi partie de l’Union européenne, l’actualité ou les débats ne se focalisent que très rarement sur les grands enjeux européens : Brexit, croissance de la zone euro, nomination des commissaires européens, etc…

Absence d’intérêt de la part des citoyen.ne.s ? Défaut de communication publique et politique à l’échelle européenne ? Quels sont les raisons qui empêchent les sujets européens de se faire une place dans l’agora publique française ?

Pour répondre à cette question, le concept de politisation de l’Union européenne est d’une importance cruciale.

Qu’est-ce que la politisation ? Comment se traduit-elle au niveau européen ? 

La politisation, c’est le fait de transposer un problème ou une question dans le domaine politique. C’est le processus par lequel on transforme une question en un sujet public, politique. Il s’agit en d’autres termes d’une réflexion à propos du processus décisionnel, et du contenu de ses décisions. La première phase de la politisation est donc la transposition d’un sujet de la sphère privée à la sphère publique. La seconde phase correspond au déplacement de ce sujet de la sphère publique à la sphère gouvernementale.

Certain.e.s. défendent une plus grande politisation de l’Union européenne, y voient une solution à l’écart grandissant entre les citoyen.ne.s et les élites. D’autres sont préoccupé.e.s par le risque que cette politisation ne soit en vérité qu’une tentative de transposition d’un mode de fonctionnement national ; sans prise en considération des caractéristiques propres au système politique communautaire.

Thierry Chopin et Lukas Macek rapprochent les notions de politisation et de démocratisation. La politisation c’est une évolution vers un mode de fonctionnement donnant un rôle central aux processus politiques ; créant un lien direct entre le vote des citoyen.ne.s européen.ne.s et les décisions des dirigeant.e.s européen.ne.s. Au niveau européen, la politisation se traduit surtout par le fait que son autorité et ses champs de compétences ne cessent de croître. De plus en plus, le système politique européen englobe des politiques qui relevaient au départ des compétences nationale (politique monétaire ; gestion des frontières ; politique commerciale, marché intérieur et concurrence,..).

La politisation est aussi synonyme d’une plus grand polarisation des opinions, des intérêts énoncés publiquement par un plus grand intérêt des citoyen.ne.s pour les affaires européennes. Pour le moment, il semblerait que la communication publique ou politique à échelle européenne ne parvienne pas à susciter l’intérêt des populations.

Les médias ont en effet un grand rôle dans la création ou non d’un débat public européen. Comment peuvent-ils ou doivent-ils mobiliser les citoyen.ne.s sur les questions européennes ? Comment sont relayées les décisions communautaires ? 

Le problème est tel que l’Union européenne est bel et bien politisée, mais pas de la même manière que les états nationaux qui la composent.

Tout d’abord, on parlera non pas de gouvernement mais de gouvernance car aucun système de pouvoir centralisé et hiérarchique n’existe comme au niveau étatique.

Ensuite, l’Union européenne est traditionnellement limitée à des enjeux de régulation et ne s’aventure que peu sur des sujets éminemment politiques. Une forte culture du consensus minimise l’expression des points de vue contradictoires. Cela tend donc à dépolitiser les décisions en les présentant comme le résultat d’expertises, avec pour conséquence un sentiment d’incompétence politique chez les citoyen.ne.s.

Comment créer un débat public européen ? 

Cependant, une des disposition du Traité de Lisbonne (2007), qui avait vocation à combler le prétendu déficit démocratique de l’Union Européenne, imposait la publicité des séances au Conseil des Ministres. Cette mesure était censée permettre aux journalistes de faire leur travail d’information des citoyen.ne.s sur les sujets et les textes en débat au conseil de ministres et de combler cette fois le déficit d’informations, pour mettre à la portée de la population les débats politiques actuels.

La politisation de l’UE doit aussi passer par l’identification d’un leadership clair, d’une véritable compétition démocratique pour celui-ci ; par l’identification d’un gouvernement et d’une opposition au sein des institutions, car une opposition au sein de l’Union européenne est préférable à toujours plus d’opposition contre l’Union européene.

L’amélioration de la communication des Institutions européennes – médiatisation des séances au Parlement, au Conseil, à la Commission ; création d’une agence audiovisuelle européenne – est bien un des éléments qui pourrait permettre une plus grande politisation de l’Union Européenne et donc une plus grande participation des citoyen.ne.s.

Les tenant.e.s de la politisation affirment donc que le débat ouvert, la rivalité politique et la politisation favoriseront la transparence et la transmission d’une information capable de changer les perceptions et les préférences du public européen. Toutefois, cette politisation pourrait créer des attentes plus grandes que celles qu’elle ne pourrait satisfaire en réalité, ce qui aurait pour conséquence d’approfondir à long terme le fossé entre les Institutions Européennes et les citoyen.ne.s.

Margaux Trehoux
Publié le 18/11/2019

Sources :

De Wilde & Zurn, Can the politicization of EU integration be reversed.européenne

Après Lisbonne, le défi de la politisation de l’Union

Simon Hix & Stefano Bartolini, La politisation de l’Union Européenne : remède ou poison ? Notre Europe, Policy Paper n°19

Fondation Robert Schuman, Une union politique pour l’Europe