Photo : Stocklib / Javier Sanchez Mingorance

Rassemblement des Gilets jaunes, marche contre les violences sexistes et sexuelles, marche contre l’islamophobie, marche pour l’environnement…Depuis plusieurs mois en France, les rues et l’espace médiatique sont saturés de revendications citoyennes qui veulent se faire entendre par tou·te·s mais surtout par le gouvernement.

Tou·te·s passent par la même méthode : la manifestation. La question de l’efficacité de ce procédé peut se poser car elle a certes, déjà porté ses fruits dans le passé, mais semble atteindre ses limites en 2019. Le gouvernement ne recule plus sur ses projets de réforme et les citoyen·ne·s revendiquent le fait de ne pas avoir l’impression d’être écouté. Même après Le Grand Débat National mis en place suite aux premières revendications des Gilets jaunes, le gouvernement reste relativement ferme sur ses positions. Le gouvernement d’E. Macron n’est pas le premier et cela fait déjà plusieurs années que cela dure. Alors pourquoi continuer ? Quand on voit que les gouvernements font très rarement marche arrière, pourquoi continuer à les interpeller dans la rue ? Est-ce que l’espace public qu’est la rue est un symbole de colère suffisant aujourd’hui ?

Ces questions n’appellent pas de réponses directes mais nécessitent une actualisation du contexte de la société française car à l’ère des médias de masse, l’espace public s’est élargi. L’essor des médias a doublé son impact sur les citoyen·ne·s à l’arrivée d’internet et ne cesse d’augmenter depuis. Les hommes et femmes politiques ont créé du lien avec les citoyen·ne·s via ces médias et maintenant les citoyens leur répondent par les mêmes moyens.

Aussi, ces derniers ont appris, au même titre que les hommes et femmes politiques, à se servir de ces nouveaux médias. Internet par exemple est devenu un espace de protestation et un outil pour les citoyens voulant se mobiliser. La télévision et la radio cherchent à se saisir de l’information le plus rapidement possible et à confronter les opinions. Le débat et les polémiques médiatiques semblent dominer le débat public. Alors, pour se faire entendre de ces acteurs politiques, les citoyen·ne·s se saisissent de ces nouveaux acteur·rice·s et entrent dans la sphère médiatique. Si interpeller dans la rue ne fonctionne plus, les médias joueront leur rôle et donneront la parole aux protestataires.

Cependant, on ne peut pas entrer dans la sphère médiatique si simplement. Pour cela, il faut attirer l’attention des médias. Le meilleur moyen pour cela reste visiblement la manifestation.

Ce qui change dans la manifestation n’est pas le but, qui est toujours de revendiquer contre les décisions du gouvernement, mais la cible. Au lieu de cibler le Président de la République et son gouvernement, la cible serait alors les médias. Faire du bruit pour revendiquer mais aussi pour être diffusé car quand la présence de milliers de citoyen·ne·s dans les rues ne suffit plus, il faut trouver un nouvel espace. L’espace médiatique est alors prêt à les accueillir car dans une société où prime l’actualité et le “buzz”, les revendications semblent infinies.

La manifestation et ses dérives sont considérées comme une forme de désobéissance civile. Aussi, nous pouvons nous demander quelles sont les dérives des interventions médiatiques des citoyen·ne·s militant·e·s et si les médias ne participent pas à une nouvelle forme de désobéissance civile.

Laurine Sauvage
Publié le 3/12/2019