Photo : Association Sphère CPP

Lors de son passage à Bordeaux, Liao Yiwu, écrivain et poète chinois exilé, a adressé son soutien au mouvement de désobéissance civile qui anime Hong-Kong depuis plusieurs mois. Il fait notamment le parallèle avec les manifestations de la place Tian’anmen, qui ont bouleversé sa vie trente ans auparavant.

La désobéissance civile semble être un moyen universel de protestation lorsqu’il s’agit de défendre des causes supérieures. A Hong-Kong, un mouvement de grande ampleur tente, depuis plusieurs mois, de faire retirer un projet de loi controversé autorisant l’extradition vers la Chine. Ce n’est pas la première fois que l’ingérence chinoise provoque une telle mobilisation, la révolution des parapluies avait elle aussi pris une ampleur inédite en 2014.

Trente ans plus tôt, en réaction à des manifestations pro-démocratie, le régime chinois commettait le massacre de la place Tian’anmen. Liao Yiwu se souvient de l’atmosphère qui pesait la nuit précédant cette répression sanglante. Il n’était pas sur place, mais les ondes de la BBC ont fait parvenir jusqu’à chez lui, dans la province du Sichuan, l’effroyable bruit des chars et des mitraillettes.

Alors qu’il était jusque là apolitique, Liao Yiwu est pris d’un sentiment de colère et rédige un poème quasi-prémonitoire qu’il nomme Le Grand Massacre. Ce poème, il l’enregistre sur une cassette, qui circule par la suite clandestinement. Ses vers rencontrent un grand succès dans les milieux opposants au régime. Neufs mois plus tard, le poète est condamné à une peine d’emprisonnement de quatre ans. Il les a purgé dans des conditions indignes impliquant, entre autres, la torture.

A sa sortie de prison, Liao Yiwu rédige son témoignage : Dans l’empire des ténèbres. Il lui fallait “écrire pour ne pas être oublié, pour que ce [qu’il a] vécu ne soit pas oublié”. Ce travail, il le poursuit en publiant Des balles et de l’opium, un recueil de portraits de ces “petites gens” qui ont vécu ce tragique événement. C’est sa manière de résister au “travail de la dictature qui consiste à anesthésier, à effacer les mémoires”. Exilé à Berlin depuis 2014, l’écrivain dissident est aujourd’hui toujours fortement engagé, y compris sur les questions d’actualité.

Alors forcément, le mouvement de désobéissance civile qui anime aujourd’hui Hong-Kong, fait écho en lui. Liao Yiwu a notamment publié un poème de soutien aux hongkongais mobilisés, en septembre dernier. A l’occasion du festival L’usage du monde de Bordeaux, Liao Yiwu a eu l’occasion de s’exprimer sur le sujet :

“Quand je pense à ce qui se passe à Hong Kong, j’ai le coeur qui se serre… Les jeunes qui se mettent en avant là-bas sont les mêmes qui s’étaient mis en avant à l’époque. C’est des gens de 18/20 ans, qui ont la même absence de peur vis à vis de la mort, le même désir de liberté. 

Je dois dire qu’après la répression du 4 juin 1989 et le désir tellement fort du gouvernement de laver les cerveaux de toute la Chine, j’avais l’impression qu’ils avaient réussis, que les chinois avaient été transformés en espèce de veaux et qu’ils ne bougeaient plus. Vraiment, j’ai été très déprimé, je ne voyais pas la sortie du tunnel. 

Puis tout à coup, il y a eu ces revendications à Hong-Kong, j’ai retrouvé l’espoir. Je me suis dis que ce désir de liberté fait en réalité parti du coeur de l’Homme, et ce désir est toujours prêt à ressortir… C’est le cas à Hong-Kong. 

Tôt ou tard ils vont gagner. Je me suis dis que malgré tous ces emprisonnements, ces familles de victimes, ces douleurs… malgré tout ça, un jour il y aurait la chute du parti communiste chinois, et peut-être que Hong-Kong serait la première pièce qui provoquerait la dislocation de cet empire infernal. […] 

L’urgence c’est de soutenir Hong-Kong, de rendre aux hongkongais leurs libertés et d’en faire un modèle pour la Chine.”

Citations énoncées dans le cadre du festival L’usage du monde, le 19 novembre 2019 dans la librairie Le passeur à Bordeaux. D’après la traduction de Marie Holzman. Ouvrages réédités aux éditions Globe (2019).

Publié le 20/11/2019