La sphère politique et médiatique est en émoi : Manuel Valls, ancien Premier Ministre, se rendra sur le plateau de l’émission de Laurent Ruquier On n’est pas couchés ce samedi.

« C’est la première fois en France qu’un Premier Ministre encore à Matignon répond à une telle invitation » peut-on entendre ici et là, de voix s’élevant offusquées dans les différents médias.

Vincent Lindon déclarait ce matin sur France Inter : « au pire il ne nous montrera pas qu’on « n’est pas couchés » mais qu’on « n’est pas gouvernés » ».

Après Le Petit Journal de Yann Barthès sur Canal +, Manuel Valls enchaîne donc son tour des émissions dites d’infotainment, se riant des codes de communication classiques d’une sphère politique jouant la distanciation et la rareté.

Mais pourquoi un tel débat autour de ce choix de participation ?

Il semblerait que les français·es, malgré leur soit-disant désir de voir une classe politique plus accessible et plus à leur image, soient toujours très attaché·e·s à la position supérieure du politique et à la différenciation des personnages de la scène décisionnaire du fait de leur statut.

Un Emmanuel Macron avec une barbe de trois jours et un Manuel Valls dans une émission de divertissement ne font donc pas encore l’unanimité dans l’hexagone.

Cette levée de boucliers peut cependant paraître contradictoire avec la fascination et l’envie exprimée par une partie des français·es lorsqu’ils·elles observent, yeux grands ouverts, le spectacle que constitue la vie politique américaine.

Un Barack Obama dans l’émission d’infotainment The Daily Show de Jon Stewart, ou un Donald Trump dans le célèbre talk show humoristique de Jimmy Kimmel, ne choquent plus personne outre Atlantique. Bien au contraire, les politiques jouissent là-bas d’une aura bien plus positive lorsqu’ils·elles se montrent à l’image des citoyen·e·s de la société civile qu’ils·elles représentent.

Alors le compte Twitter décomplexé de l’Elysée citant la série Game of Thrones, est-il un précurseur ou un OVNI communicationnel du microcosme politique français ? Verrons-nous bientôt débarquer la playlist de François Hollande sur Spotify ? Rien n’est moins sûr…

Les français·es veulent du neuf à l’américaine, mais restent peut-être finalement un peu vieille France quand on touche à l’image de leurs dirigeant·e·s.

Laura Khassouf
Publié le 15/01/2016