Photo: The White House from Washington, DC / Public domain    

Les élections présidentielles américaines arrivent au mois de novembre et vont opposer le Président Trump à Joe Biden. Donald Trump est très réputé pour ses discours qui font souvent polémique. En effet, il utilise une figure de style bien particulière appelée l’hyperbole véridique. C’est une notion que nous avons eu l’occasion d’étudier cette année en cours d’analyse des discours politiques, et qui nous paraissait intéressante d’expliquer dans ce contexte d’élections américaines.

En 1987 Donald Trump a publié un livre dont le titre est L’art de la négociation (Trump : The Art of the Deal). Il y parle pour la première fois d’hyperbole véridique, et pose une définition : « Je joue avec les fantasmes des gens. J’appelle ça l’hyperbole véridique. C’est une forme innocente d’exagération – et une technique de promotion très efficace. » : c’est donc de l’outrance sans jamais donner aucun chiffre, aucune donnée, aucun fait.

Ainsi, l’hyperbole véridique est une parole libérée qui est toujours de nature déclarative. C’est le décrochage du discours vers une parole qui s’impose comme une vérité indiscutable. Par conséquent, l’interlocuteur est dans l’impossibilité d’apporter une nuance aux propos. De plus, l’hyperbole véridique est souvent une exagération de la réalité et son énoncé est difficilement vérifiable.

En voici un exemple tiré du débat opposant Donald Trump et Joe Biden, le 29 septembre 2020. Dans cet extrait les deux candidats s’affrontent au sujet de l’assurance santé et de la crise du Covid-19 qui a fait et fait toujours de nombreuses victimes au Etats-Unis.

Image de Gage Skidmore from Surprise, AZ, United States of America Donald Trump with supporters

Dans ce court extrait on voit directement l’utilisation de l’hyperbole véridique, Donald Trump se félicite d’avoir fermé les frontières car, selon un docteur, cela lui a permis de sauver des milliers de vies. Il s’auto-félicite par le biais d’une personne issue du corps médical et donc réputée comme ayant un avis juste sur la situation. Il poursuit en disant que le vaccin arrive bientôt, que des traitements sont déjà en cours et que beaucoup moins de gens atteints du Covid en décèdent. Mais Trump ne donne aucun chiffre sur le nombre de personnes atteintes, qui guérissent, ou qui meurent. Il dit simplement qu’il y en a « moins ». Ainsi, cet énoncé n’est pas vérifiable et s’impose comme une vérité indiscutable. Il utilise le même procédé lorsqu’il parle d’un vaccin. Donald Trump dit simplement qu’un vaccin arrivera d’ici quelques semaines, ce qui peut vouloir tout et rien dire en même temps.

Mais Donald Trump n’est pas le seul à utiliser ce procédé linguistique. En effet, on peut le retrouver dans de nombreux discours et pas seulement dans ceux considérés comme « extrémistes ». Par exemple, lors du discours le plus « célèbre » de cette année 2020, durant lequel le Président français Macron a annoncé le confinement, une formule peut largement être assimilée à une hyperbole véridique : « nous sommes en guerre ». Cette phrase a été répétée cinq fois au cours du discours et il s’agit bien d’une énonciation déclarative, c’est une affirmation qui s’impose comme une vérité absolue. Le terme « guerre » est associé à la situation sanitaire, et l’exagération permet de  souligner la gravité la situation. Enfin, la répétition amplifie encore l’impact de cette assertion.

– Assia Artus – M1 CPP 2020