Rencontre avec Marie-Laure Hubert Nasser, Communicante et auteure du Petit guide à l’usage des femmes qui s’engagent en politique , Editions Payot & Rivages, 2020.

« Un mentor pour les femmes qui désirent s’engager. » telle est la manière dont Marie-Laure Hubert-Nasser présente son ouvrage, dans lequel elle donne les recettes de la réussite des femmes, notamment dans la sphère politique.

Un parcours riche en expériences

Notre rencontre avec Marie-Laure Hubert Nasser nous a permis de découvrir son parcours scolaire atypique et varié. Après une prépa en lettres supérieures et un deug de droit, elle devient navigante pour la compagnie Air France. Ce métier est enrichissant pour elle en de nombreux points; elle a pu découvrir le monde, apprendre plusieurs langues. Mais c’est avant tout une expérience qui lui donne de la matière pour écrire, et s’atteler à sa première passion: l’écriture. Nous reviendrons sur ce point plus tard.

Plus tard, elle suit une classe préparatoire aux grandes écoles, et passe le concours du CELSA, l’école de communication et de journalisme de la Sorbonne. C’est pour elle une révélation, tout l’intéresse. Seulement, elle fait face à un dilemme: devenir journaliste ou communicante ? En parallèle de ses études, elle est pigiste pour un magazine, effectue plusieurs stages, notamment en radio.

Plus tard, Marie-Laure s’investit davantage dans le milieu médiatique, et anime une émission au sein d’une chaîne de télévision locale. Elle prend conscience grâce à ces expériences de ce qui l’anime : écrire. L’écriture, un domaine profondément masculin, met des embûches sur son parcours d’écrivaine.

Marie-Laure Hubert Nasser a ensuite partagé sa vie entre le domaine public, la politique, et le secteur privé. Elle a une réelle fascination pour la chose publique, pour le bien commun, pour les territoires. Son aspiration première est de permettre aux territoires de conserver leur authenticité tout en leur permettant de s’inscrire dans des problématiques actuelles. Auprès d’Alain Juppé, qui l’a recrutée, et des différentes équipes municipales, elle a ainsi œuvré pour l’évolution, la transformation de la ville de Bordeaux.

Être à la tête de la communication de la ville de Bordeaux

Marie-Laure Hubert Nasser occupe le poste de directrice de la communication de la mairie de Bordeaux; la rencontrer en tant qu’étudiantes en Master “Communication Publique et Politique” et l’écouter nous présenter son métier a été une expérience particulièrement enrichissante pour nous.

Au cours de nos échanges, elle nous a délivré des conseils pour réussir dans le domaine de la communication publique et politique. Pour elle, être une bonne communicante, une communicante pertinente, efficace, repose sur la capacité d’adopter le langage de l’élu afin de traduire sa politique. Faire de la communication publique pour une mairie consiste à mettre en place le projet et les idées pour lesquels le maire et son équipe ont été élus.

Il n’est pas nécessaire d’être de la même couleur politique que l’élu avec lequel on travaille. Mais il est tout de même préférable d’être en adéquation avec le programme afin de valoriser au mieux ses propos, projets, ambitions et convictions. Elle attire toutefois notre attention sur un point important; la communication n’est pas du militantisme. Les deux peuvent se rejoindre mais ne sont pas intimement liés. La possibilité de militer en dehors de sa vie professionnelle est bien sûr envisageable, mais elle souligne qu’il ne faut pas oublier qu’un attachement politique affirmé et revendiqué peut nous fermer les portes de certains postes.

Son rôle en tant que directrice de la communication est double: informer et faire rayonner. Son poste consiste à observer, soutenir dans l’ombre. Si elle n’est pas sur le devant de la scène, elle dirige en coulisses une équipe de 23 personnes, chacune responsable d’un enjeu en particulier (le numérique, le social, l’emploi, la culture, le développement durable, l’éducation etc.). À travers les différents outils de communication tels que la presse, les réseaux sociaux, l’organisation d’événements, elle est chargée faire vivre les projets, les faire connaître, les faire rayonner. Marie-Laure nous assure que lorsque l’on fait partie d’une équipe municipale de 60 personnes, il faut savoir jongler entre les différents outils, réseaux et personnalités pour satisfaire le plus grand nombre.

Un “petit guide” au service de la grandeur des femmes

Pendant près de 10 ans, Marie-Laure Hubert Nasser s’engage pour la cause des femmes en tant que directrice de la communication de la mairie de Bordeaux. Elle a la volonté de répondre à la commande d’Alain Juppé d’un “Bordeaux au féminin”. Avec la publication de « La carapace de la tortue » en 2013, elle renoue avec l’écriture, en parallèle de sa vie professionnelle. Après la publication de plusieurs romans et une forte volonté de continuer à s’engager pour les droits des femmes, elle édite en 2020 son « Petit guide à l’usage des femmes qui s’engagent en politique ».

Ce livre permet de réaffirmer son engagement auprès des femmes, en les accompagnant sur le chemin de la réussite qui est, selon ses mots, “ une course d’obstacles permanente! ”. Dans son ouvrage, elle évoque les challenges inhérents au fait d’être femme notamment dans le domaine de la politique qui est par essence violent. Bien qu’il s’agisse d’un secteur où l’ambition est nécessaire, Marie-Laure insiste sur le fait que l’ambition féminine est souvent très mal perçue.

“ On pardonne rarement aux femmes d’avoir de l’ambition. ”

 

Malgré leur volonté de réussir, les femmes sont confrontées au plafond de verre qui n’est pas un mythe mais une réalité. Notre monde est empli de stéréotypes qui confortent les hommes dans leur position dominante. Marie-Laure témoigne aussi, au regard de son expérience personnelle, de la difficulté pour les femmes de jongler entre une vie professionnelle très dense et la vie familiale. Pour aider les femmes à faire face aux multiples obstacles auxquels elles sont confrontées lorsqu’elle s’engagent en politique, elle dévoile ses conseils.

Pour notre avenir professionnel, elle nous recommande de nous conformer aux exigences et aux codes de nos fonctions, mais aussi d’être force de propositions, de faire entendre notre voix. Selon elle, il est nécessaire de défendre les droits de la femme, l’égalité entre les sexes mais le monde dans lequel nous vivons est tel qu’il est, nous ne pouvons pas le changer intégralement. Pour réussir il faut donc en connaître les subtilités, et se les approprier. Pour illustrer son propos elle préconise le fait d’adopter une tenue qui ne laissa place à aucun commentaire. Cela permet d’éviter qu’un bad buzz entache notre volonté et nos idées. En prenant les exemples des commentaires autour des tenues de Cécile Duflot, de Rachida Dati, ou encore de Fleur Pellerin, elle explique que malheureusement, “en politique si vous refusez les codes, vous serez marginalisée”. Il faut ainsi adopter les codes, faire preuve de souplesse, sans pour autant se laisser dénigrer. La communication non verbale est à prendre en compte, encore plus lorsque l’on est une femme, et une personne publique. De plus, Marie-Laure met l’accent sur un comportement particulièrement féminin, le fait que minimiser nos propos et nos idées, à travers des expressions comme “ j’ai une petite question ” par exemple. Elle nous alerte en disant que cela participe à la diminution de ce que nous sommes aux yeux de tous. Nous devons adopter ces réflexes, bannir ces expressions; prendre conscience de notre valeur et nous faire entendre.

Enfin, Marie-Laure Hubert Nasser a insisté sur un point qui est pour elle essentiel: la sororité. Il est important pour les femmes d’être solidaires entre elles, d’aller plus loin ensemble, et de surmonter les difficultés inhérentes au fait d’être femmes en politique. Dans cette même dynamique, elle nous parle des réseaux et de la nécessité de les entretenir. Tout en préservant ce principe de sororité, il est fondamental d’avoir un réseau mixte, et de pouvoir compter également sur des mentors masculins. Comme le souligne la philosophe Vinciane Despret, “la puissance des femmes est une puissance de relais”. Sachons donc encourager, soutenir la puissance de celles qui nous entourent.

À la page 242, Marie-Laure Hubert Nasser nous interpelle : “Toujours pas féministe”? Ce guide n’est pas un manuel à suivre à la lettre. Il doit être envisagé comme un conseiller qui nous viendrait en aide pour nous insérer et évoluer au mieux dans le monde politique. Il nous livre les clefs pour partir à l’assaut de ce milieu traditionnellement masculin. À nous de nous approprier ces conseils.

Être féministe n’est pas un gros mot. Il faut prendre notre place, affirmer qui l’on est, ce que l’on pense, assumer nos ambitions et nous donner les moyens de les réaliser. Rebecca West, femme de lettres et journaliste disait “Je n’ai jamais réussi à définir le féminisme. Tout ce que je sais, c’est que les gens me traitent de féministe chaque fois que mon comportement ne permet plus de me confondre avec un paillasson”. Ne nous laissons plus marcher dessus.

Héloïse Goethals et Marie Spitéri,
M1 Communication Publique et Politique
Sciences Po Bordeaux